dimanche 12 avril 2026

Laisser sa vie à Gaza



Mosab Abu Toha, poète gazaoui, a quitté le territoire palestinien avec femme et enfants à la fin de l’année 2023. Il y est mort plusieurs fois, famille, amis, maison, son corps transpercé de plusieurs éclats d’obus, ses carnets de poésie confisqués par les soldats israéliens à la sortie de la bande de Gaza, plus rien ne reste de sa vie. 
Extrait du poème Deux Montres.
« Il porte deux montres, l’une à l’heure locale, celle de New York,
l’autre à l’heure de Gaza. 
Dans un café avec des amis,
en attendant son thé autour d’une table ronde, verte,
chaque fois que ses yeux se posent sur le cadran de Gaza, il se souvient des enfants du quartier courant dans les ruelles,
les filles qui jouent à la marelle, les garçons au foot.
La nuit, quand la lumière de la montre de Gaza ne s’allume pas,
il sait que l’électricité est coupée là-bas dans le quartier.
Quand le boîtier métallique chauffe, il sait que les bombardements ont commencé.
Quand la montre s’arrête, il sait qu’un parent, un voisin, un ami est mort.
Et lorsque cela arrive, la montre refuse de fonctionner tant que le corps n’est pas enterré.
Mais s’il n’y a plus de corps? »

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