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vendredi 20 mars 2020

Chair à canon

Mardi 17 mars, aux Chantiers de l'Atlantique

Mardi 17 mars , comme dans de nombreuses entreprises non essentielles , les ouvriers des Chantiers de l’Atlantique imposent la fermeture du site. Macron planqué à l’Élysée demande aux salariés de continuer à aller au boulot. Certains patrons confortés par Macron et son gouvernement, refusent coûte que coûte l'arrêt de la production. C’est la guerre et les salariés sont la chair à canon.  Pour eux, la vie des travailleurs et de la population a moins de valeur que la santé financière de leurs tôles.


« Si, dans un incendie, j'avais à choisir entre le plus beau des Rembrandt et sauver un chat, je choisirais le chat. Une vie vaut toujours mieux qu'une œuvre d'art. »
                                                                                                             Alberto Giacometti
 

mardi 9 mai 2017

dimanche 29 mai 2016

Les choses nouvelles

L'encyclique Rérum novarum, texte fondateur du mouvement ouvrier chrétien, invite les ouvriers au calme : « L’homme doit prendre en patience sa condition, il est impensable que dans la société civile, tout le monde soit élevé au même niveau … la douleur et la souffrance sont l’apanage de l’humanité… Dans la société, les deux classes (les capitalistes et la classe ouvrière) sont destinées, par la nature, à s’unir ».

Ainsi soit-il et arrêtons de nous plaindre.




mercredi 30 avril 2014

Le 1er mai et Jules-Félix Grandjouan

Les trois ouvrières revendicatives de Jules-Félix Grandjouan  exhibant fièrement leurs seins ou Marie-Ségolène interdisant le décolleté au sein du ministère,  la ligne de front passe par le mamelon: Choisis ton camp camarade.


1er mai - L'Assiette au beurre (1906)



Le peintre et affichiste Jules Grandjouan naît à Nantes le 22 décembre 1875. Orphelin de père à sept ans, élevé par sa mère et sa grand-mère, il passe son enfance sur le quai de la Fosse.  Il n’a pas fait l’Ecole Nationale d’Administration. En 1897, il fonde La Revue nantaise littéraire et artistique avec Marcel Giraud-Mangin et Victor Gaume. En 1899,  il publie Nantes la Grise, un recueil de lithographies en hommage à sa ville.

Anarchosyndicaliste, dreyfusard, antimilitariste, Grandjouan met son talent au service de la lutte contre l’exploitation des ouvriers. En 1901, il rejoint l’équipe de L’Assiette au beurre. En 1911, il est condamné à 18 mois de prison pour délit d’opinion et contraint à l’exil. Il rejoint sa maitresse, la danseuse Isadora Duncan en Allemagne et voyage avec elle en Egypte et en Italie. Il est gracié en 1913. En 1930,  il est élu représentant en France du Bureau international des peintres révolutionnaires. Quelques mois plus tard, il est exclu pour avoir signé en compagnie du roumain Panaït Istrati une déclaration non conforme à la ligne du Parti. Grandjouan restera toute sa vie un homme libre. Il meurt à Nantes le 12 novembre 1968.







En 2014, l'affiche est moins artistique mais le 1er mai est toujours une journée de revendication



lundi 17 février 2014

La tannerie-corroierie Le Roy


En 1850,  Pierre Félix Devin a besoin d’eau pour installer sa tannerie.  Il choisit de  s’établir à la Rousselière sur le bord de l’Ilette, petit affluent de la Sèvre qui sépare les communes de Rezé et Vertou.  En 1854, Pierre Félix prend sa retraite,  Louis Devin, son fiston, assure la relève. L’entreprise prospère et les extensions se succèdent. En 1898, alors qu’elle est à son apogée, l’usine est reprise par la société des Frères Le Roy et  emploie jusqu’à deux cent ouvriers. A partir des années vingt l’activité décroit et en 1954,  la tannerie-corroierie ferme. En 2003, une société immobilière rachète les vieux bâtiments à l’abandon pour en faire une résidence hôtelière.

Cette reconversion a sauvé les vieux murs de la ruine. Le décor de briques  vernissées et les moulures de terre cuite sont restaurés. L’ancienne tannerie n’a rien à envier aux hangars de nos zones industrielles. Elle témoigne des innovations architecturales de la fin du XIXème  avec  l’utilisation du béton armé, des poutres métalliques de longue portée, du verre. Au début de l’ère industrielle, l’outil de travail représentait toute la valeur du capital investi. Aujourd’hui plus volatiles, les entreprises s’échangent et se délocalisent d’un clic sur les écrans d’ordinateur.







vendredi 22 novembre 2013

Tricotage breton

Le patron d'Armor-Lux grand pourfendeur des taxes, des impôts et des charges, porte le bonnet rouge. Il manifestait à Quimper le 2 novembre pour une Bretagne libérée du carcan républicain. En avril dernier, le contrat qu'il avait passé 5 ans auparavant avec l’État jacobin, pour la confection des uniformes de la police nationale, n'avait pas été renouvelé. Ce marché lui avait rapporté 80 millions d'euros, on comprend son amertume. N'ayant plus de pull de flic à fabriquer, Armor-Lux s'est mis à tricoter des bonnets rouges. Des bonnets rouges que lui ont racheté 4 euros pièce, les comités d'organisation de la fumeuse manifestation, pour les revendre entre 5 et 10 euros aux bretons qui voulaient « vivre et travailler au pays ». Armor-Lux s'est bien gardé de dire aux porteurs du bonnet rouge que sur les 10000 bonnets écoulés, 7500 provenaient d'Écosse et avaient été probablement fabriqués en Asie. L'entreprise bretonne se contentant d'apposer son étiquette et de ramasser les bénéfices.



Manifestation de Bretagne réunie à Nantes le 16 novembre 2013, Christian Troadec, maire de Carhaix, bonnet rouge à la main et drapeau herminé en écharpe

mercredi 16 octobre 2013

Bariller et Frères

Renfort de facade de l’ancienne usine Bariller et Frères, rue jean-Baptiste Vigier à Rezé


En 1894, Auguste Bariller crée à la Morinière, en bord de Sèvre  à Rezé,  une usine de tissage mécanique de toiles. Elle devient successivement,  l’usine Bariller et frères en 1902 puis les établissements Binet-Delaunay en 1906. Par la suite,  Les Charcuteries de Bretagne occuperont  le site.



Métis : tissu réalisé avec une chaîne en pur coton et une trame en pur lin
Grisette : tissu léger, transparent et ajouré, généralement de laine grise
Gonnord : vêtement ? de l’ancien français gonne (« robe, habit ») ? du latin gunna , peau dont on se vêt ?




Aujourd’hui  une partie des bâtiments  industriels a été sauvegardé et intégré dans un ensemble résidentiel.  


L’ancienne chaufferie (avec la cheminée sur le document précédent)
 côté usine et côté Sèvre


Les ateliers, côté usine et côté rue


vendredi 1 mars 2013

Phoebus à table

Au temps de l'économie mondialisée, le marché est la loi et presque rien ne doit échapper à cet ordre naturel. Les Artistes formatés selon les normes en vigueur dans les écoles de design produisent de l’Art Contemporain destiné au juste enrichissement de mécènes garants de la valeur des œuvres.


Versailles au temps des produits dérivés de l’Art Contemporain

Hélas oubliée du progrès, la poésie est restée un art avec lequel personne ne s’enrichit. La poèsie n’est pas cotée en bourse et il n’existe pas d’école pour former des poètes en vogue.

Abandonné à sa liberté, le malheureux poète est ailleurs, inconnu du marché, économiquement non rentable, cherchant son équilibre entre Apollon et Dionysos.  


Phoebus à table

Sur mes paupières
tombent les pétales de ton poème,
Dionysos, si tu regardais le vécu
Et la gourmandise de l’homme
Tu perdrais ton souffle, ton désir de la table.
Bouches confondues
Dans l’avidité et le  plaisir des parfums,
Sefaris et Elytis eux-mêmes
n’ont jamais pris l’or du blé
pour soleil comptant
De leur vie.
Cavafy aussi a saisi, ce gout de la menthe,
Celui des baisers de l’Amour !
A la musique, aux incendies du rêve
Aux gestes inaccomplis
Hugo, Hamlet m’apprirent le désintéressement
La gourmandise de la table
Nous fait plier parfois
Aux vents de l’avidité
Vers cet instant sans lumière
Où le cœur cessera de trembler d’Amour.
Nuit dans le monde des pulsions,
Garde, ami, le secret
De la retenue et du silence:
Ce secret du clair-obscur
Métissée est la lumière du vide
Ou de la vue ?
Lumière de tes mots
Dans le miroitement du regard des poètes.

Virgilio de Lemos
Les Moutiers en Retz,  29   Aout 2O12
                                                          
Virgilio de Lemos est un poète lusophone né au Mozambique en 1929. Il passe sa jeunesse à Maputo et en Afrique du Sud. Il exerce le métier de journaliste. Dans les années 50 et 60, Virgilio met sa plume au service de la lutte contre l’ordre colonial du général Salazar. Cela lui vaut de connaître les prisons mozambicaines du régime dictatorial pendant 14 mois. En 1964, il est contraint à l’exil et s’établit en France. Écrivain engagé, il a une intense activité intellectuelle. Il fréquente Michel Leyris et participe avec lui au congrès culturel de la Havane en 1968. Il se lie d’amitié avec Jorge Luis Borges et Joyce Mansour, côtoie Aimé Césaire et Léon Gontran-Damas, écrit de nombreux articles. Le poète compose aussi en français depuis 1967.
Virgilio de Lemos vit depuis de nombreuses années en Loire-Atlantique aux Moutiers-en-Retz au bord de l’océan, face à l’île de Noirmoutier.



vendredi 1 juin 2012

Coupe-coupe et goupillon


Les missionnaires catholiques eurent un rôle essentiel dans la colonisation du continent africain. Dans le discours de bienvenue à la relève missionnaire de 1920 au Congo-Belge, le ministre des colonies de Belgique, Jules Renquin, exprimait clairement les choses.

« La tâche que vous êtes conviés à y accomplir est très délicate et demande beaucoup de tact. Prêtres, vous venez certes pour évangéliser. Mais cette évangélisation doit s’inspirer de notre grand principe : tout avant tout pour les intérêts de la métropole.
Le but essentiel de votre mission n’est donc point d’apprendre aux noirs à connaître Dieu. Ils le connaissent déjà. Ils parlent et se soumettent à un Nzambé ou un Nvindi-Mukulu et que sais-je encore. Ils savent que tuer, voler, calomnier, injurier est mauvais.
Ayez le courage de l’avouer, vous ne venez donc pas leur apprendre ce qu’ils savent déjà. Votre rôle consiste, essentiellement, à faciliter la tâche aux administratifs et aux industriels. C’est donc dire que vous interpréterez l’évangile de la façon qui sert le mieux nos intérêts dans cette partie du monde. »

Amen !

Missions africaines des bons Pères Blancs - rue des Naudières à Rezé



Toujours au service des exploiteurs, la mission continue. La compétition fait rage entre les Etats-Unis et l’Europe (notamment la France et la Belgique) pour mettre la main sur les ressources naturelles de la région africaine des Grands Lacs. Les uns n’hésitent pas à déstabiliser toute une région lorsque le pouvoir local privilégie les intérêts des autres. Ainsi, très présents au Rwanda, les missionnaires en encourageant depuis longtemps l’ethnisme, ont préparé sciemment les conditions de l’affrontement entre Hutus et Tutsis. Certains d’entre eux accusés d’avoir participé activement au génocide et recherchés par la justice rwandaise sont protégés par les institutions catholiques. On peut citer Wenceslas Munyeshyaka abbé à Gisors, Gabriel Maindron prêtre à Fontenay-le-Comte, ou Martin Kabalera abbé à Luchon.


Il faut lire le roman (qui n’est pas que de la fiction) de Jean-Paul Jody, La position du missionnaire, à la fois polar et documentaire sur le génocide rwandais de 1994.

jeudi 24 mai 2012

Nantes vue des hauteurs de Rezé


   Nantes vue des hauteurs de Rezé 
    Huile sur toile conservée dans les réserves du musée des beaux-arts de Nantes
    Victor Richard né en 1848 aux Sables-d’Olonne et mort en 1916 

Le paysage a bien changé depuis que Victor Richard a peint  Nantes vue des hauteurs de Rezé à la fin du XIXème siècle. Les hauteurs de Rezé sont modestes; l'altitude y varie de 1 m les pieds dans la Loire à 42 m au "sommet" de la butte de Praud. 
Les clochers à la gloire de dieu et les cheminées industrielles célébrant le capitalisme dominent Nantes. A l'extrême droite la Cathédrale St-Pierre&Co. Presqu'au centre car il faut bien occuper le terrain ce qui paraît être St-Nicolas avec sa flèche au juste milieu du transept. A gauche les quartiers ouvriers fument. Le peintre a posé son chevalet dans les vignes sur le secteur des Mahaudières (j'imagine). C'est le début du printemps, il fait beau temps, les vents sont à l'est, le bonheur est dans le pré …
Un siècle plus tard,  à Nantes les quelques cheminées encore debout ne fument plus, l'industrie et les ouvriers ont rejoint la périphérie urbaine. L'urbanisation a chassé les vignes de Rezé et masqué croupes et mamelons. …Cours-y vite … 


mercredi 25 avril 2012

Le 1er mai des travailleurs

Le 1er mai des travailleurs (de ceux qui vivent de leur travail et de ceux qui en sont privés) n’est pas une fête mais une journée internationale de revendication et de solidarité.

...les travailleurs donneront une fois de plus à la grande journée ouvrière sa véritable portée, sa suprême signification de journée essentiellement prolétarienne.
   Mais, il est nécessaire pour cela de donner à la journée du 1er mai, non le caractère d'une fête , mais au contraire, d'une puissante et imposante manifestation anticapitaliste...

mardi 3 avril 2012

Philanthrope à réaction


Respectueux de la vie humaine, Serge Dassault  est un adepte de la frappe chirurgicale et un chantre du don d’organe.


Propre sur soi en  Tenue de camouflage (lucm 46x46)

mercredi 7 mars 2012

Huit mars

En 1907, la militante social-démocrate allemande Clara Zetkin, propose que l’internationale socialiste convoque chaque année une conférence internationale des femmes socialistes. A partir de 1912 cette journée aura lieu le 8 mars.
Le 8 mars 1917, soumises à de terribles conditions de travail et de vie, les ouvrières de Petrograd appellent à la grève. Ce jour-là, des milliers de femmes et d’hommes manifestent et posent le premier acte de la révolution russe.


Prise de parole de Clara Zetkin lors d’une manifestation ouvrière à Berlin en 1921


Cette semaine, le MES (Mécanisme Européen de Stabilité) a été adopté assez discrètement au Sénat grâce au vote des uns et à la peu courageuse abstention des autres (pourtant majoritaires). C'est un premier pas vers le Traité de stabilité européen  incluant la règle d’or.
Tous savent que cela aboutira immanquablement à des coupes sombres dans les budgets publics. Ils savent que cela se traduira entre autres par la  suppression de centres d’IVG, par la fermeture de crèches ou par la remise en cause de postes dans les écoles maternelles.
Ceux-là même feront, ce 8 mars 2012, de beaux discours sur le droit des femmes



Combinaison au poing levé - lucm

mardi 7 février 2012

Le blues de l’usine bleue


Béghin-Say à Nantes, c’est la longue histoire du commerce mondiale et du capitalisme.

Le commerce triangulaire et l’esclavage ont fait la fortune des armateurs et des entrepreneurs nantais. Au XVIIIème siècle le commerce de la canne à sucre a représenté  plus de la moitié de l’activité du port de Nantes. La ville a compté jusqu’à 22 raffineries de sucre de canne. En 1813 Louis Say souhaitant faire son miel de cette activité rentable abandonne son entreprise de textile et se lance avec succès dans l’industrie sucrière. En 1967 la famille Say vend l’usine actuelle construite en 1935 à l’industriel Béghin, un sucrier du nord de la France.

La raffinerie Béghin-Say appartient aujourd’hui au groupe Tereos. Modernisée en 1991, elle produit son  électricité et puise ses besoins en eau dans la Loire. Son degré d'automatisation et de gestion de l'énergie en fait  une usine performante.

L’entrée de la raffinerie boulevard Bénoni Goullin sur l'île de Nantes


En 2006, l'union européenne impose une baisse du prix du sucre de 35%, réduit les quotas et supprime l’aide au raffinage. Même si les usines  sont technologiquement compétitives, il faut arrêter de produire dans les pays "socialement non rentables". Tereos veut conserver ses marges et décide de produire ailleurs, là où le coût du travail est moindre. L’activité est progressivement transférée en Espagne et Tereos produit aujourd’hui du sucre de canne au Brésil. Tuée à petit feu, la dernière usine sucrière française de la façade atlantique tourne maintenant au ralenti. La grande cheminée ne répand plus l'odeur de la mélasse sur le bras de Pirmil.


Fin 2012, l’usine bleue va  fermer ses portes.