Affichage des articles dont le libellé est marin. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est marin. Afficher tous les articles

jeudi 13 avril 2017

Solitude TOTAL

Edward Hopper – Gas


Le routier  pressé,  pisse  au cul du camion. - intermède contrariant - L’automobiliste, réservoir plein, détale au plus vite. - no man's land transitoire -  Il y a trois sortes de gens, les morts, les vivants (les marins sont maintenant connectés) et  le  pompiste de Hopper qui reste dans cet ailleurs.  Son spectre hante toutes les stations.




mercredi 15 février 2017

Âme-de-mer en peine



– Matelots ! – Ce n'est pas vous, jeunes mateluches,
Pour qui les femmes ont toujours des coqueluches...
Ah, les vieux avaient de plus fiers appétits !
En haussant leur épaule ils vous trouvent petits.
À treize ans ils mangeaient de l'Anglais, les corsaires !
Vous, vous n'êtes que des pelletas militaires...
Allez, on n'en fait plus de ces purs, premier brin !
Tout s'en va... tout ! La mer... elle n'est plus marin !
De leur temps, elle était plus salée et sauvage.
Mais, à présent, rien n'a plus de pucelage...
La mer... La mer n'est plus qu'une fille à soldats !...

– Vous, matelots, rêvez, en faisant vos cent pas
Comme dans les grands quarts... Paisible rêverie
De carcasse qui geint, de mât craqué qui crie...
– Aux pompes !...
– Non... fini ! – Les beaux jours sont passés :
– Adieu mon beau navire aux trois mâts pavoisés !

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

Tel qu'une vieille coque, au sec et dégréée,
Où vient encor parfois clapoter la marée :
Âme-de-mer en peine est le vieux matelot
Attendant, échoué... – quoi : la mort ?
– Non, le flot.

                                          Île d'Ouessant. – Avril.


               Tristan Corbiere - Les Amours jaunes (1873)




samedi 17 septembre 2016

Pirates et flibustiers

Jeff Pellet savait que le chemin serait long pour être sur la ligne de départ du Vendée Globe le 6 novembre prochain. Cet été, les organisateurs annonçaient ouvrir le Vendée Globe sans Jeff et et son bateau le Come in Vendée. S'il ne peut faire changer la décision de l'administration du Vendée Globe, le bateau partira en pirate. Pour lui donner un petit coup de main, quelques flibustiers ligués autour de Jacques Kerzanet se sont saisi de leurs pinceaux, ciseaux ou crayons, de leur appareil photo. Chacun à produit une œuvre avec une règle simple : un motif obligatoire : voile et coque, trois couleurs : le noir, le blanc et le rouge. Les œuvres seront mises en vente aux enchères publiques le 15 octobre à Challans au profit assurément maigre de Jeff et de son bateau. Ci-dessous quelques-une des flibusteries de quelques uns des flibustiers...

Yves Frémin





Jacques Kerzanet

Rafiot rebelle - Andromaque



En mer avec Baudelaire  -  lucm

jeudi 17 septembre 2015

Évasion ample



Petit matin gredin. Je suis mal vu, mal aimé du flot. Le cœur pressé comme de l'étoupe. Les yeux rivés dans le vague, tout humectés d'embruns.
L'esprit ailleurs, sous d'autres totems, débarrassé de tous liens et autres foutaises édulcorées, je contemple. je me borne à contempler. Rien en l'instant ne me fascine plus que cet espace déjanté qui me souffle dans les trous de nez. 

Corps meurtri. Cœur éreinté. Jamais, malgré la rude et impitoyable réalité, envie de lamenter ou pleurnicher. D'ailleurs, à quoi cela servirait-il ? Qui donc ici pourrait s'en émouvoir ou inquiéter ?
Je me réserve encore cette faculté contemplative et admirative pour le temps qu'il me reste d'errances à vivre. 
Détaché de tant de futilités qui font bruire et s’émouvoir, se quereller et déchirer bon nombre de mes frérots humains, j'évade ample. Ce pourquoi, à ce jour, à cette heure, libéré de toutes attaches et obligations, sereinement, je pourrais aisément me foutre à l'eau, me laisser sombrer, engloutir pour de vrai, sans le moindre regret. 
Nous aussi, gens d'océan, percevons intuitivement lequel pourrait être notre bon jour pour mourir.

Alain Jégou - Ikaria L0 686070 (2004)

mercredi 29 juillet 2015

D’un quai à l’autre





Lettrines ,  cahier de notes tenu au jour le jour,  Julien Gracq


J’ai lu autrefois, dans un recueil de l’ « Académie de Nantes », une anecdote qui m’a paru avoir partie liée avec l’âme de cette ville bizarre. À la fin du siècle dernier vivait à Trentemoult (nom qui déjà me charme), village chanteur de pêcheurs, de mariniers et de pilotes bâti sur la rive sud du fleuve, en face des quais, un ménage de pêcheurs, composé de Jean et d’Ernestine. Il existait encore à ce moment dans le fleuve une île minuscule appelée, dit-on, île Mahon, assez proche des quais, et que les dragages ont emportée depuis belle lurette. Jean avait sous les peupliers sa modeste cabane, où il rangeait son petit attirail de filets et de bosselles : il était censé pêcher là les anguilles ; mais, non sans quelque motif, Ernestine, solide commère, et responsable de la caisse du ménage, soupçonnait son époux inassidu de planter là trop souvent son occupation évangélique pour se glisser dans son bachot sous le couvert de l’île jusqu’au quai de la Fosse tout proche, où l’engloutissait quelque débit de muscadet. C’est pourquoi Ernestine, cinq ou six fois par jour, torchés les marmots, mise à cuire la soupe, sortait de sa bourrine trentemousine, allait se camper les poings sur les hanches à l’extrême pointe de la grève, et appelait, ou plutôt hurlait en direction des peupliers (cinq cent mètres) : « Jean ! » Sur quoi un vocable excédé et non moins énergique, sans désemparer, retraversait la Loire à son adresse : « M…! »
Cela dura, paraît-il, quarante ans, et fit partie du fond sonore du quai de la Fosse aussi intimement que le ferraillement du transbordeur ou le chuintement des locomotives tirant leur express au ralenti au-delà de la gare de La Bourse. Et l’histoire a beau être poudrée de gros sel, l’arche imperturbable de ce dialogue conjugal enjambant la Loire pendant un demi-siècle, bien au-dessus des longs courriers, des remorqueurs, des cargos de sucre ou de cacao, avec la moitié de la ville pour théâtre et pour témoin édifié à la fois de la sainteté et des épreuves du mariage, continue de m’enchanter.