mardi 16 juillet 2019

À une jeune veuve

Jeune femme bien équipée pour le veuvage -   Nu en demi-deuil - lucm 2019


Jeune et charmant objet à qui pour son partage
Le ciel a prodigué les trésors les plus doux,
Les grâces, la beauté, l’esprit, et le veuvage,
Jouissez du rare avantage
D’être sans préjugés, ainsi que sans époux !
Libre de ce double esclavage,
Joignez à tous ces dons celui d’en faire usage ;
Faites de votre lit le trône de l’Amour ;
Qu’il ramène les Ris, bannis de votre cour
Par la puissance maritale.
Ah ! ce n’est pas au lit qu’un mari se signale :
Il dort toute la nuit et gronde tout le jour ;
Ou s’il arrive par merveille
Que chez lui la nature éveille le désir,
Attend-il qu’à son tour chez sa femme il s’éveille ?
Non : sans aucun prélude il brusque le plaisir ;
Il ne connaît point l’art d’animer ce qu’on aime,
D’amener par degrés la volupté suprême :
Le traître jouit seul… si pourtant c’est jouir.
Loin de vous tous liens, fût-ce avec Plutus même !
L’Amour se chargera du soin de vous pourvoir.
Vous n’avez jusqu’ici connu que le devoir,
Le plaisir vous reste à connaître.
Quel fortuné mortel y sera votre maître !
Ah ! lorsque, d’amour enivré,
Dans le sein du plaisir il vous fera renaître,
Lui-même trouvera qu’il l’avait ignoré.



Voltaire, Épîtres, stances et odes
 

jeudi 4 juillet 2019

Que fait la police ?

"Les yeux me brûlaient, je suis tombé dans la Loire"

La Loire au quai Wilson


lundi 24 juin 2019

La bibliothèque de Julien Gracq


La Loire allait bon train devant Saint-Florent-le-Vieil et moins vite, nous parcourions les rayonnages de la bibliothèque dans la Maison de JulienGracq. Étiquettes blanches, les livres qui furent ceux de l’écrivain, souvent dédicacés.


Ceux qui, offerts ou pas, auraient été sans doute ici.

D’autres, que Gracq reçut et qui sont là. Des courtisans, des académiciens faussement modestes, des qui ont l’oreille des Présidents, des inévitablement prix Goncourt et un, les quatre à la fois, qui fait le timide devant le grand écrivain et qu’on imagine courbé signant son compliment.

Et enfin, Il y a ceux sans dédicace que certainement Gracq acquit et appréciait.



lundi 17 juin 2019

L’éternité au Grand Bé

                                                                           Saint-Malo - Bon-Secours - Lucm 2019 aquarelle 30x40cm
Le Grand Bé, la plage du Bon-Secours et sa piscine comme un miroir d’outre-tombe.


En face des remparts, à cent pas de la ville, l’îlot du Grand-Bey se lève au milieu des flots. Là se trouve la tombe de Chateaubriand ; ce point blanc taillé dans le rocher est la place qu’il a destinée à son cadavre.
Nous y allâmes un soir, à marée basse. Le soleil se couchait encore sur le sable. Au pied de l’île, les varechs dégouttelants s’épandaient comme des chevelures de femmes antiques le long d’un grand tombeau.
L’île était déserte ; une herbe rare y pousse où se mêlent de petites touffes de fleurs violettes et de grandes orties. Il est sur le sommet une casemate délabrée avec une cour dont les vieux murs s’écroulent. En-dessous de ce débris, à mi-côte, ion a coupé à même la pente un espace de quelques dix pieds carrés au milieu duquel s’élève une dalle de granit surmonté d’une croix latine. Le tombeau est fait de trois morceaux, un pour le socle, un pour la dalle, un pour la croix.
Il dormira là-dessous, la tête tournée vers la mer ; dans ce sépulcre bâti sur un écueil, son immortalité sera comme fut sa vie, déserte des autres et entourée d’orages. Les vagues avec les siècles murmureront longtemps autour de ce grand souvenir ; dans les tempêtes elles bondiront jusqu’à ses pieds, où les matins d’été, quand les voiles blanches se déploient et l’hirondelle arrive au-delà des mers, longues et douves, elles lui apporteront la volupté et la caresse des larges brises. Et les jours ainsi s’écoulant, pendant que les flots de la grève natale iront se balançant toujours entre son berceau et son tombeau, le cœur de René devenu froid, lentement, s’éparpillera dans le néant, au rythme sans fin de cette musique éternelle.
Nous avons tourné autour du tombeau, nous l’avons touché de nos mains, nous l’avons regardé comme s'il eût contenu son hôte, nous nous sommes assis par terre à ses côtés.
Gustave Flaubert, Par les champs et par les grèves

mercredi 12 juin 2019

La pointe du Grouin

Samedi, à l'heure où le soleil descendait , mortellement triomphal,
 il y avait foot à la télé.










lundi 27 mai 2019

La cité radieuse


    Chaque coin de rue le leur rappelle, les rezéens ne doivent se bercer d’aucune illusion, l’avenir et le progrès sont des impasses, l’espoir est interdit. Les plus lucides ont depuis longtemps fui les lieux de culte, vidé leurs livrets A, déserté les urnes …  Assurément, cette conscience du no future donne à la banlieue l'urgence de vivre.